Médecine 2.0

Les communautés de patients et la fluidité de l'information changent le visage de la médecine.

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Abstract

La Médecine 2.0 traduit l’idée d’une évolution majeure de la relation entre le médecin, le malade et la maladie.
Comme en informatique, le changement d’unité traduit une nette évolution par rapport aux versions précédentes (1.1, 1.2… 1.9, 1.9.1 etc.). La médecine 2.0 représente donc une forme de révolution. Elle reprend le concept de Web 2.0 dont elle utilise les valeurs et les outils.

La Médecine 2.0 traduit une forme de rupture avec la médecine millénaire, et notamment la médecine « 1.9 » fondée sur des rapports de dominance/soumission caractéristiques de notre organisation sociale.

Les points forts de cette révolution sont les suivants :

• Les patients créent de la connaissance

Les patients ont eu accès récemment à une information médicale étendue grâce au web.

Mais après avoir absorbé cette information sans posséder les clés pour l’intégrer, ils créent une nouvelle forme de connaissance de leur maladie, fondée sur leurs échanges d’expériences ou de théories, tout à fait passionnants à défaut d’être scientifiques. Le monde des blogs et surtout des forums fait naître une nouvelle matière médicale qui comble un énorme vide : celui que le médecin a créé en s’appropriant les maladies.

• Les patients découvrent ou inventent de nouvelles maladies

La notion de maladie est née de l’observation par un même homme, le médecin, de malades présentant des symptômes proches faisant suspecter une origine commune. Le médecin possède un position dominante d’expert exclusif de son champ de connaissance, renforcée par sa capacité à guérir ce qu’il a diagnostiqué.

Cette position dominante se fissure car le médecin n’est plus le passage obligé pour faire circuler l’information : internet et ses forums fournissent un nouvel outil de communication et d’archivage des observations naïves relatées et analysées de patient à patient.

L’information sur l’effet d’un médicament, la pénibilité d’un examen ou les suites d’une intervention chirurgicale paraît plus fiable lorsqu’elle émane d’un groupe de patients que d’un médecin-expert, malgré (ou à cause de) l’asymétrie d’information (voir à ce sujet le mémoire de Gilles Sournies).

Les patients sont en train de créer sur internet de nouvelles maladies en comparant leurs symptômes. Le médecin n’est plus au cœur de cette néo-nosologie (ou plus simplement néosologie, la nosologie étant la science qui étudie la classification des maladies).

Que l’on parle de complexité, d’acteur-réseau, de peer-to-peer ou de pairjectivité, le concept est toujours le même : la multiplication des échanges et leur facilité nous transforme en acteur d’un réseau dont la dynamique globale est infiniment plus riche que celle d’une organisation hiérarchique ou cloisonnée traditionnelle. Le différentiel qualitatif  entre le subjectif et l’objectif n’a jamais été aussi floue.

• Le savoir des soignants s’étend lui aussi

Les soignants ne sont pas en reste qui ont un accès immédiat à une masse d’information considérable en et peuvent de plus communiquer avec des réseaux de confrères, également en temps réel.

A partir d’une connaissance générale de la médecine, le médecin peut accéder facilement à un immense savoir lui permettant de se rapprocher de celui de ses confrères d’autres spécialités.

• La qualité et la disponibilité de l’information augmentent

La science médicale est déjà et sera de plus en plus rédigée par de nombreux contributeurs qui équilibrent leurs points de vue en se contrôlant mutuellement (exemple Wikipédia), et non par des experts plus ou moins liés à des groupes de pression. Contrairement à ce que beaucoup croient, cette démocratie de l’écriture n’est pas un nivellement qualitatif ; c’est une progression vers la neutralité qui permet d’exprimer dans le même document des points de vue différents, chacun étant sourcé et accessible (alors que la majorité de la littérature médicale actuelle est verrouillée par les éditeurs de revues scientifiques).

• La mesure de la qualité en médecine fera intervenir des critères inhabituels mais enfin pertinents

La mesure de la qualité (des soins, des soignants, des structures) ne fera plus intervenir exclusivement les éléments objectifs traditionnels (respect de procédures, taux d’infections, complications opératoires, formation du personnel, audits externes…), mais des éléments subjectifs bien plus efficaces comme le taux de familles de médecins soignées dans une clinique, ou le jugement des confrères et des patients.
Quel est le meilleur critère pour définir la meilleure classe de 6ème dans un collège ? Est-ce la qualification des enseignants ? Leur âge ? Leur notation académique ? Le nombe d’élève par classe ? Le taux de passage en 5ème ?
Non : le meilleure critère est le pourcentage d’enfant d’enseignants dans cette classe…

Quel est l’employé d’une entreprise le plus performant ? Est-ce celui que le patron juge le plus efficace ou celui que ses collègues (ou ses clients) jugent le plus utile à l’entreprise ?

L’appréciation de la qualité par les interactions entre les acteurs plus que par le contenu intrinsèque de leurs actions est un des fondements du mouvement 2.0. C’est une des raisons pour lesquelles je parle de plus en plus de Web Neuronal plutôt que de Web 2.0 : Ce mouvement de fond a été permis par une connexion permanente et multiple entre les individus, comme peuvent être connectés les neurones de notre cerveau, individuellement incompétents.

Les hiérarchies s’estompent pour laisser émerger une intelligence collective, qui va faire céder les barrières du savoir médical et protéger les patients et les médecins de la manipulation de l’information.

Un patient mieux informé et qui participe à l’évolution de la médecine par ses apports, un médecin améliorant sa connaissance de la maladie en s’intéressant au point de vue du patient : l’alchimie qui permettra une véritable alliance thérapeutique est en place et laisse augurer un bond qualitatif de la médecine.

Pour aller plus loin : un forum dédié à la médecine 2.0.

Pour ceux qui n’aiment pas lire :

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Et pour en savoir plus :

http://www.youtube.com/view_play_list?p=80C0D73BD9F4BBB1